TRIBUNE LIBRE

Une petite chanson, en passant, ça vous dit ?

Alors suivez Jean-Yves

et découvrez Le petit troupeau

 


Le petit troupeau JYR par zicprodeo

janvier 2015 


Quelques réflexions inspirées par la proposition de Mgr Aubertin

J’ai découvert le texte de Mgr Aubertin sur le site de l’Accrel.

Avec l’âge, ma dose d’indignation tendrait-elle à s’épuiser ?
Je ne trouve en tout cas dans cette lettre aucune raison de polémique.

C’est une main tendue par l’évêque responsable de la Liturgie aux auteurs-compositeurs de chants pour les Églises. L’occasion n’est pas si fréquente et j’ai envie de la saisir, sans a priori.

 

Je ne peux être suspecté d’inféodation au système.
Il me semble même ne pas avoir le moindre titre dans le CNA (même pas “Vive Dieu” ou “Comme un souffle fragile”). Mais je n’en voudrais de basculer pour autant dans la rancœur.

 

Que des aigreurs se soient accumulées au fil des années, c’est indéniable.
Qu’il y ait un antagonisme entre des courants musicaux, culturels et cultuels dissonants, c’est logique.
En revanche, qu’un évêque responsable de la liturgie propose aux gens concernés de se réunir autour d’une table, c’est plutôt bon signe.
En tout cas, ne comptez pas sur moi pour lui faire des procès d’intention.
Vigilant, oui ; teigneux, non.

 

De plus, comme Mgr Aubertin, je souffre parfois de l’ostracisme des communautés.

Tout dernièrement, célébrant une sépulture dans le midi, le jeune curé (fort sympathique au demeurant) m’a prévenu : “ici, on ne chante que le répertoire de Il est vivant”.
Lorsque j’ai quand même proposé pour l’entrée
Quand s’éveilleront nos cœurs, le prêtre et l’animateur des chants m’ont répondu, una voce : “connais pas”.

 

Comme Mgr Aubertin, je souffre aussi de la faiblesse de trop de productions dans leur écriture poétique et musicale.

Sauf que : ce qui m’apparaît à l’évidence comme bancal est revendiqué par d’autres comme populaire, libéré, décomplexé, affranchi... Postmoderne, quoi !
Une table bancale, on la répare.
Un vêtement mal taillé, on le reprend...

Un chant mal foutu, on le revendique.

Merci de ne pas en déduire que je rêve d’un répertoire aussi aseptisé qu’un carrelage de clinique.
Pas un microbe, mais plus une fleur.
Je pense même qu’un peu plus d’audace, d’imagination, voire de folie, ne ferait pas de mal.
De jeunes auteurs (surtout des auteurs) me confient parfois : « votre génération a bien eu de la chance : on pouvait alors risquer des choses ».

Risquer de se planter aussi, remarquez... mais la vie sans risques, est-ce encore la vie ?

 

Comme beaucoup de scrutateurs, je pense qu’il y a surproduction par rapport à la capacité d’absorption des paroisses.

Le réflexe est alors de « dégraisser » (le mot hideux n’est pas de moi) :

  • Par l’autorité « Ça oui, ça non » ? Tyrannique. Et en plus pas efficace !

  • Par promotions ou sélections plus ou moins officielles ? On a essayé : les bons élèves obtempèrent, les autres s’en

    fichent. On n’interdit plus, on promeut ; mais les gens ne sont pas dupes : c’est du pareil au même.

  • Par le bon sens critique des animateurs ? Mais un chant martelé vingt fois dans un rassemblement enthousiaste accède

    au statut de tube. Il est dès lors adoubé, propagé, adopté, ressassé... Comme à la Télé : bon puisque populaire.

  • Par les revues spécialisées ? Indéniablement utiles, elles vivent quand même de leurs abonnés et doivent donc ratisser

    large. Il faut ménager les diverses sensibilités liturgiques pour ne pas se couper du lectorat.

  • Par les éditeurs, peut-être ? Je crois beaucoup aux lignes éditoriales courageuses d’une maison d’édition. Je sais hélas

    par expériences que les choix se font davantage en fonction de la quantité (de ventes espérées) que de la qualité.

  • Par les auteurs eux-mêmes ? Un artiste, c’est fait pour créer. Illusion que de lui demander de se restreindre ; de ne plus

    créer que de l’utile, que de l’unique, de l’abouti : que des chefs-d’œuvre... Même Bach n’est pas toujours au top.

    Par la Cote d’Amour ? C’est finalement ainsi que cela fonctionne : on choisit parmi les chants qu’on aime. Or on n’aime que ce qu’on connaît. Et on ne connaît que ce qu’on nous fait connaître.

 

C’est pourquoi, comme Mgr Aubertin, j’aimerais qu’on favorise les rencontres et la formation :

Les rencontres entre sensibilités différentes, dont les codes d’entrée seraient « a priori de bienveillance » et « exigence ». Utopie ?

Les ateliers de formation pour les nouveaux créateurs et animateurs, autour des deux Vademecum cités par Mgr Aubertin, ces documents, très abordables, ne pouvant être suspectés de visées idéologiques.

Sachant qu’il y aura toujours des gens pour préférer le statu quo... On fera sans eux.

 

Gaëtan de Courrèges

novembre 2014 

 

 

Ce n’est pas la première fois que les auteurs et compositeurs ont l’occasion de se retrouver, d’échanger et de travailler ensemble pour mieux être au service de l’Eglise et de la Liturgie.

 

Pensons aux rencontres et ateliers de l’ACCREL, qui se poursuivent depuis plus de vingt ans, aux propositions diverses faites par le SNPLS, aux journées organisées par le SECLI en lien avec l’ACCREL et le SNPLS, aux multiples initiatives de diocèses, de paroisses, de mouvements, ou encore aux week-end annuels du groupe des Chanteurs et Comédiens en Eglise, artistes bien souvent également auteurs et compositeurs au service de l’Eglise.

 

L’initiative lancée par Mgr Aubertin, qui pourrait ne pas être très novatrice, est pourtant originale : combien de fois depuis 1945, année de la première assemblée plénière de notre épiscopat à Lourdes, nos évêques se sont-ils intéressés à la question de la musique et du chant dans la liturgie ? Il suffit de regarder les thèmes des différentes sessions pour avoir la réponse.

 

Pourtant, entre l’adage prêté à St Augustin qui dit que « chanter c’est prier deux fois », nos frères chrétiens d’Orient qui considèrent que la langue liturgique par excellence est le chant et le Concile Vatican II lui-même qui veut favoriser  « le chant religieux populaire […] pour que […] la voix des fidèles puisse se faire entendre » dans la sainte liturgie, le service que nous menons est d’une importance indéniable qui mérite d’être reconnue.

 

Je souhaite vivement que cette invitation soit signe d’une véritable reconnaissance qui dépasse les mises en garde, les rappels à l’ordre, les critiques souvent voilées, parfois directes qui ont fait et qui font encore souffrir trop de créateurs chrétiens.

 

Personnellement, si j’ai pu rencontrer et collaborer avec de nombreux évêques, cela n’a pas encore été le cas avec Mgr Aubertin et je suis curieux de faire sa connaissance, peut-être parce qu’il y a au moins deux points communs qui nous lient : le souci de la liturgie, bien évidemment, chacun à travers notre mission en Eglise, mais aussi l'abbaye de Lérins, source féconde du monachiusme occidental, dont il a été abbé il y a quelques années, après avoir été en paroisse dans l'Est de la France et avant d'avoir été nommé évêque de Chartres puis archevêque de Tours. Lérins, l’un des principaux lieux où je me suis formé à la liturgie, où j’ai pu découvirir combien elle était espace de liberté, de communion, de respiration vitale, tant pour le baptisé que pour l’Eglise, conception bien éloignée de ce que l’on m’avait inculqué au catéchisme, où l’on parlait de cérémonies mystérieuses où il fallait avoir peur de Dieu, et baisser la tête au bon moment, pour ne pas voir la foudre divine s’abattre sur soi.

 

Alors, je souhaite de tout coeur que le chemin qu'il nous propose aujourd'hui soit un chemin d'ouverture : comment, à travers l'expérience variée qui est la sienne, comment après avoir marché sur les pas de saint Honorat, figure de la jeunesse de l'Eglise qui a su ouvrir de nouveaux chemins, ne pourrait-il pas favoriser l'arc-en-ciel de nos différentes sensibilités à s'enrichir pour mieux être au service de la liturgie et laisser la polyphonie de Dieu chanter en nos vies ?

 

Dominique Rigaldo

novembre 2014

Le tombeau vide

 

“Homélie donnée lors de la Veillée Pascale 2010 au Prieuré Sainte-Marie de Malèves (Belgique), à la demande de Gabriel Ringlet” par Gaëtan de COURREGES

 

HOMÉLIE DE PÂQUES 2010

Prieuré Sainte-marie de Malèves

 

« Elles entrèrent mais ne trouvèrent pas le corps du seigneur »… « Pierre courut au tombeau ; mais, en se penchant, il ne vit que le linceul ». J’aimerais, en cette nuit de plénitude, vous ramener aux origines : à la pierre creuse.

Le tombeau vide

Voici donc sur quoi est fondée la foi des chrétiens : un tombeau vide… Un linceul vide, lui aussi.

Une preuve qui n’en est pas une : l’absence de corps ne tiendrait pas pour une preuve de résurrection, même dans le roman policier le plus médiocre.

Et c’est pourtant le cœur même de notre foi, pas un à-côté anecdotique.

Le bœuf et l’âne à la crèche sont secondaires. Et même les miracles de Jésus, et même  ses discours, à côté de cet acte fondateur…

Ce tombeau vide est notre matrice.

« Si Dieu n’existe pas, dit Woody Allen, j’ai payé trop cher ma moquette ». Humour, bien sûr.

« Si le Christ n’est pas ressuscité, dit St Paul, notre foi est vaine. Et alors nous sommes les plus misérables des gens ».

Pas de photo de Jésus fracassant les dalles. 

Pas même d’évangile racontant la fulgurante illumination du big bang pascal.

Rien.

Moins que rien : le vide, le trou, le manque, l’absence…

Pas de preuve… Ou alors une preuve en creux, une béance.

 

Et ce sont des femmes qui en font l’expérience initiale.

Il ne pouvait en être autrement.

On l’a dit et redit : il y a dans ce texte quelque chose d’utérin.

Délivrance et mise au jour.

Enfantement d’un homme et d’un peuple.

Le ventre de la terre accouchant de l’Adam nouveau.

Ce tombeau est le berceau de l’Homme encore à naître, celui que nous appelons de nos vœux…

Le tombeau trop plein

Mais la nature a horreur du vide.

Il y a quelques années, passant par Jérusalem, mon père Jean Debruynne et moi-même entrions pour la première fois dans le Saint Sépulcre. 

Je m’en étais fait une idée inspirée par les tableaux des peintres et par mon propre imaginaire : 

une roche creusée au milieu d’un champ de verdure, surplombée par le mont du Golgotha. 

Et voilà que nous débouchions dans une basilique encombrée de tentures, de banderoles, de lampadaires fumants, 

grouillante de pèlerins et de touristes sollicités par diverses confréries concurrentes. 

J’avais rêvé d’un ermitage : je me trouvais à la ducasse.

M’est alors revenue cette phrase terrible: 

« Ce que les barbares n’ont pas réussi à faire, la piété populaire l’a réalisé ». 

Raser la montagne sainte…

Jean s’est tourné vers moi et m’a dit : « Le tombeau n’a jamais été aussi vide ! »

 

Oui, la nature a horreur du vide.

La religion aussi.

Donnez-lui un tombeau vide : elle le remplit,

donnez-lui une interrogation vitale : elle lui impose une certitude,

donnez-lui une question : elle crée un dogme…

Il y a toujours des calmants prêts à soigner nos angoisses,

des slogans prêts à cadrer nos libertés,

des gourous prêts à remplacer l’absent du samedi…

Comme si on n’avançait pas mieux de questions en questions que de réponses en réponses,

comme si les garde-fous et les assurances étaient moins humains que le vertige et le risque.

comme si Dieu n’avait pas choisi délibérément de se manifester en Jésus-Christ dans la faiblesse plutôt que dans l’éclat.

Et cette nuit, dans l’absence…

Comme s’il valait mieux un tombeau trop plein qu’un tombeau vide.

Le tombeau passage

« Un linceul n’a pas de poches », dit-on chez moi.

Nu je suis né, nu m’en irai. Sans richesse et sans autre gloire que celle de l’humain.

Toutank Amon ou l’empereur de Chine se font accompagner dans la mort par leurs chars et leurs fantassins.

Jésus ne garde rien avec lui, dans ce tombeau qui ne lui appartient même pas.

Il y a juste le linge abandonné, comme celui d’un nageur qui traverse tout nu la rivière.

Car il s’agit bien d’une traversée.

Ce tombeau n’est pas une fin, mais un commencement.

Cette grotte n’est pas un cul-de-sac, mais un passage.

Ne sommes-nous pas dans la nuit du Passage, dans la nuit de la Pâque ?

Nous n’avions pas d’assez bons yeux : il y avait une brèche.

Jésus était trop libre pour être enfermé.

Il nous précède en Liberté.

 

Ressuscité, je ne sais pas le bruit que fit ton réveil.

Ou le silence.

Je ne sais pas si la lumière fut aveuglante autour de toi.

Ou bien si la pénombre du tombeau ressemble à ces trous noirs dont nous parlent les astrophysiciens :

portes ouvertes vers un ailleurs que tu aurais empruntées, et dont nous ne savons pas grand chose.

Je ne sais rien de ces hommes vêtus de blanc… 

Je suis juste là, dans un monde trop plein et trop creux à la fois,

trop plein de bavardages, d’argent et de fureur,

trop creux de sens et de tendresse.

Autour de moi, tous ces humains marqués par le vide de l’espoir et de l’absence.

Regarde-les, regarde-nous, Ressuscité.

Regarde ton Église tentée par la nostalgie de ses grandeurs passées et de ses dorures pâlissantes.

Donne-lui la force,

donne-nous la grâce de ne venir chercher à ton caveau d’autres reliques que celles de ton avenir, de notre avenir.

Amen.