Jerusalem, ville ouverte ?

Claude BERNARD

 4 novembre 2009


Plusieurs faits récents suscitent légitimement une certaine indignation. Evénements parfois minimes, mais significatifs d’une obsession ecclésiale à regarder dans le rétroviseur.

 

Lundi 2 novembre.

Un ami expert en chant liturgique m’envoie, à titre d’information, une fiche de chant qui n’a pu obtenir un numéro de cote au SCELI. Il s’agit d’un chant sur la conclusion de la prière eucharistique : le compositeur a utilisé le texte officiel : « Par lui, avec lui et en lui, etc… » ; musicalement il a écrit quelque chose de beau et de simple, en rapport avec les paroles. MAIS, à la fin, il a doublé le « Amen ». Au lieu de faire chanter à la foule un simple « Amen », il propose « Amen ! Amen ! » Quel crime !  Alors, pas de cote liturgique. « On en est là, à présent ! » me dit l’expert en chant.

Les Duchesneau,  Gélineau, Deiss, Rimaud et autres éminents liturgistes et pasteurs doivent se retourner dans leur tombe, sans parler de Jacques Berthier dont le « Amen, Amen, gloire et louange à notre Dieu » est chanté dans de nombreuses assemblées à l’occasion des fêtes.

 

Mardi 3 novembre

Edith C… une laïque très compétente en exégèse et en théologie, travaille à plein temps –ou presque- au service d’un diocèse, assurant avec beaucoup de dynamisme l’animation de retraites, de formations bibliques, la rédaction du bulletin diocésain, etc… Elle participe souvent à la célébration eucharistique. MAIS elle est allergique au gluten. Donc, depuis des années, elle ne peut communier avec nos hosties à base de blé. Elle vient de me dire: « Je vis une exclusion, comme les divorcés remariés ! » 

Même si elle assume spirituellement, en se contentant de la « communion spirituelle », comment ne pas trouver révoltante cette mise à l’écart ? Je croyais que, pour ces cas-là, il existait une possibilité de recevoir un pain fabriqué à partir de farine sans gluten (mil ? riz ?...). Quelqu’un peut-il me renseigner là-dessus ?

… Et je n’oublie pas les millions de chrétiens qui vivent dans des pays où la nourriture de base est autre que le blé. Pour eux, un théologien missiologue a jadis écrit « l’eucharistie du mil ». Mais ces « pauvres de YHWH intéressent-ils vraiment les théoriciens de la vie sacramentelle?

Ce matin, dans « Magnificat » du 4 novembre, l’hymne nous faisait prier sur ces mots de D. Rimaud:

« Peuple d’un Dieu qui est justice 

En prenant soin des plus petits,

Ta seule gloire est le service, 

L’amour de ceux que l’on oublie ».

 

Paroles, paroles!

 

Fin octobre 2009

Le Vatican annonce l’entrée prochaine, dans l’Eglise catholique, de nombreux Anglicans déçus par le courant libéral. Ils devraient bientôt constituer une enclave uniate de couleur intégriste, avec vieilles dentelles, messe à l’ancienne et rejet des femmes à l’autel. La garantie d’un freinage supplémentaire pour l’Eglise romaine. Tout le contraire de la poussée œcuménique issue de Vatican II. Un même accueil serait-il réservé à des Anglicans libéraux demandant leur entrée chez les cathos, avec l’assurance de garder à l’avenir l’option des prêtres mariés, hommes ou femmes ? Déjà c’est le niet farouche quand, de l’intérieur, les conciliaires le demandent !

Chers Béa, Congar, Chenu, revenez vite!

 

Samedi 26 septembre 2009

Quelques jours après une étude de la PGMR (Présentation Générale du Missel Romain), « l’art de célébrer la messe», j’en découvre quelques particularités restrictives à l’occasion de journées de réflexion dans une communauté du Var. Sous une apparente liberté de choix, la communion est proposée sous deux modes : communier au pain seulement, ou bien sous les deux espèces par intinction, MAIS avec une hostie déposée sur la langue par le prêtre lui-même. C’est strictement conforme au N° 287 de la PGMR. 

Pour beaucoup, après plus de quarante ans de communion « dans la main », le geste de tirer la langue est dépourvu de signification de respect ; il évoque indécence et manque d’hygiène, un déphasage par rapport à notre culture moderne. Habitué à communier sous les deux espèces en d’autres assemblées plus souples quant au rite, j’ai donc été privé concrètement de l’espèce du vin –comme d’autres membres de l’assemblée. Vraiment, que fait-on de l’épaisseur anthropologique des rites ? Pourquoi des codifications écrites en pensant à la pratique de nos grands-parents ?

 

Le plus fort, c’est que ce samedi 26 septembre, le prophète Zacharie (2, 5-9) nous incitait à l’ouverture : « Cours, va dire à ce jeune homme : « Jérusalem doit rester une ville ouverte ». J’ai couru le dire au prêtre jeune qui distribuait la communion, au demeurant un homme charmant et un intellectuel de haut vol. Mais formaté pour une obéissance inconditionnelle au rite, sans possibilité d’écart au nom de la pastorale.

 

Que de fois le prophète de Nazareth aurait l’occasion de se retourner dans sa tombe ! Heureusement, il en est sorti –nous y croyons !- MAIS son Esprit n’en finit pas de nous inspirer des révoltes salutaires, pour une Jérusalem ville ouverte