Homélie de Michel Wackenheim, archiprêtre de la Cathédrale de Strasbourg

Michel WACKENHEIM

 


Le 27 Septembre 2009, Michel Wackenheim a célébré son installation en tant qu’archiprêtre de la cathédrale de Strasbourg. Le CA a désiré publier l’homélie qu’il a prononcé à cette occasion, ce qu’il a très simplement accepté. Nous l’assurons de tout notre soutien et amitié dans sa nouvelle mission. 

 

27 septembre 2009  - 26e dimanche du temps ordinaire–année B 

Homélie du Chanoine Michel WACKENHEIM 

 

«Maître, nous avons vu quelqu’un chasser les esprits mauvais en ton nom; nous avons voulu l’en empêcher, car il n’est pas de ceux qui nous suivent! » 

L’exclusion, quelle religion ne la connaît pas? 

- Les juifs ultra-orthodoxes rejettent tous ceux qui, à leurs yeux, ne sont pas les interprètes fidèles de la volonté de Dieu. 

- Dans l’Islam, l’intolérance est portée à son comble par des fanatiques prêts à tout, y compris au sacrifice de leur vie. 

- Et chez nous, catholiques, comment oublier que des intégristes affirment qu’eux seuls sont dans le vrai et que Rome doit tourner le dos au concile? 

«Nous avons voulu l’en empêcher, dit l’apôtre Jean, car il n’est pas de ceux qui nous suivent! » Remarquez que l’apôtre ne dit pas: «Il n’est pas de ceux qui TE suivent », mais bien: «Il n’est pas de ceux qui NOUS suivent ».

Ou bien on fait partie du groupe des disciples et alors on est du bon côté, ou bien on ne fait pas partie du groupe des disciples et alors qu’on aille se faire voir ailleurs ! Souvenez-vous : «Hors de l’Eglise, pas de salut! » 

Mais voilà ! Jésus n’entre pas dans ce jeu-là: «Ne l’empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous».  Ah, cette tentation, dans l’Eglise, de se proclamer seul et authentique dépositaire de la vérité !

La vérité existe bel et bien, mais c’est Jésus lui-même. Et personne ne peut mettre la main sur Jésus, personne ne peut affirmer : «Moi seul je peux vous dire qui est Jésus». Au contraire, c’est Jésus qu’il faut laisser nous dire: «Je SUIS le chemin, la vérité, la vie». 

Et pour que Jésus puisse nous parler de cœur à cœur, pour que nous puissions le connaître toujours davantage, n’y a-t-il pas d’abord une vérité à faire–à faire en nous-mêmes? Si ta main, si ton pied, si ton œil t’entraînent au péché, il faut, dit Jésus, que tu t’en sépares, que tu le rejettes, que tu l’exclues! 

Oui, il y a une exclusion à laquelle nous devons nous attacher chaque jour, une exclusion avec laquelle nous n’en finirons jamais: c’est l’exclusion, hors de notre cœur, des ténèbres de la suffisance, de l’intolérance, de la vanité, de l’orgueil. Moi, je sais. Toi, tu ne sais rien. 

Dans la première lecture, nous entendions le cri d’espoir de Moïse: «Ah! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes! »  Mais ce cri, frères et sœurs, le Seigneur l’a exaucé le jour de la Pentecôte et le jour de notre baptême : nous sommes, définitivement, un peuple de prophètes. Alors, laissons l’Esprit souffler en nous, laissons-le nous purifier, laissons-le nous ouvrir à tous les hommes de bonne volonté, et nous pourrons chanter avec le psalmiste: «La loi du Seigneur est parfaite, elle redonne vie; la charte du Seigneur est sûre, elle rend sages les simples! » 

Références bibliques:
Nombres 11, 25-29; Psaume 18; Jacques 5, 1-6; Marc -, 38-45.45.47-48